L'illusion du vide stratégique. Attribuer les deux années d'assainissement budgétaire couvrant la période de 2024 à 2026 à un souverainisme utopique relève d'une erreur de diagnostic. La séquence d'audit et de sincérité des comptes, portée par la Cour des comptes et le cabinet Forvis Mazars, constituait le prérequis juridique et financier indispensable pour lever le misreporting hérité et éviter un programme d'ajustement subi sous asymétrie d'information.
Une discipline budgétaire endogène.
La réduction du déficit public de 13,4 % à 6,4 % du PIB et la hausse de 12 % des recettes fiscales de la DGID ont été exécutées de manière autonome. Les réformes de rationalisation de la dépense inscrites en LFI 2026 et la gestion active de la dette via les contrats de Total Return Swaps et la titrisation ont permis d'éviter le défaut de paiement sans recourir à une restructuration sauvage.
L'accord de 2,2 milliards de dollars au titre de la Facilité élargie de crédit n'est pas un renoncement mais la validation d'un rapport de force rééquilibré. Il apporte un tampon de liquidité à bas coût et rétablit la confiance des marchés pour appuyer le Plan de traitement de la dette souveraine.
Dans le débat économique, la frontière entre l’analyse rigoureuse et le procès d’intention est souvent perméable. La thèse attribuant au gouvernement deux années de souverainisme économique utopique et de temps perdu avant l’accord avec le FMI relève d’une lecture au mieux superficielle, au pire de mauvaise foi.
Elle confond délibérément la phase d'audit, de nettoyage structurel et de redressement budgétaire avec de l'inaction idéologique.
Refuser l'alignement aveugle sur la conditionnalité classique des institutions de Bretton Woods n'était pas un aveuglement mais un choix de séquencement théoriquement cohérent et économiquement fondé : assainir d'abord sa propre maison pour ne pas négocier un programme d'ajustement en position de faiblesse absolue.
Parler de temps perdu occulte la réalité du point de départ : la mise au jour d'un passif budgétaire lourd, marqué par des déclarations erronées sur le déficit et de la dette dissimulée sous l'ancien régime. La séquence ouverte par le rapport de la Cour des comptes de février 2025, l'audit indépendant du cabinet Forvis Mazars de juin 2025 et le renforcement de la base de données de la dette constitue le socle ayant permis d'obtenir le waiver du FMI concernant le misreporting hérité. Sans cette mise en transparence préalable, aucun dossier crédible n'aurait pu être soumis au Conseil d'administration du Fonds.
SÉNÉGAL / PTDS et accord avec le FMI : le retour au réalisme économique après deux années perdues
En parallèle, ramener le déficit public de 13,4 % du PIB en 2024 à 6,4 % en 2025, tout en enregistrant une hausse de 12 % des recettes de la DGID, démontre que la discipline budgétaire a été exécutée comme un devoir d'État autonome, réduisant d'emblée le besoin de financement externe.
Durant ces deux exercices, le risque suprême était le défaut de paiement. La gouvernance de la Primature a su maintenir la signature du Sénégal en honorant les créances matures sans rupture de service. Grâce à la titrisation de créances bancaires locales ayant dégagé 500 milliards de FCFA d'espace budgétaire en 2025, et au recours pragmatique aux contrats de Total Return Swaps, l'État a paré à l'urgence financière tout en préservant le système bancaire de l'UEMOA.
Si la qualification comptable et la transparence de ces instruments de swap font légitimement l'objet d'un examen par une commission d'enquête parlementaire, il n'en demeure pas moins qu'ils ont rempli leur fonction technique de stabilisation en évitant au pays une crise de liquidité majeure.
L'argument prétendant que le gouvernement aurait fini par plier face aux exigences du FMI inverse la logique des faits. Les réformes de fond telles que le plafonnement des effectifs ministériels en LFI 2026, la compression des agences parapubliques et le ciblage des subventions énergétiques ont toutes été engagées en amont par l'exécutif. En exécutant soi-même ces arbitrages, le Sénégal est arrivé à la table des négociations avec des réformes déjà opérationnelles, réduisant d'autant le volume des conditionnalités à négocier. Cette même volonté de rééquilibrage s'est traduite dans la révision des contrats extractifs, notamment à travers le comité ad hoc de la Primature révélant des exonérations indues et la reprise par Petrosen des parts dans le bloc Yaakaar Teranga. Bien que ce chantier demeure complexe et sujet à des tensions industrielles ou à des risques d'arbitrage international face aux majors, il pose les bases d'une réelle captation de la valeur ajoutée nationale.
Le cœur de la faiblesse méthodologique de la tribune du professeur Ndiaye réside dans sa fausse dichotomie : soit l'accord immédiat avec le FMI, soit l'impasse économique. Les résultats mesurables de la période 2024-2026 prouvent qu'il existait un espace de manœuvre national. L'enveloppe de 2,2 milliards de dollars au titre de la Facilité élargie de crédit n'est pas un miracle qui sort le pays du néant, mais un tampon de liquidité à faible coût. Son véritable intérêt stratégique réside dans son effet catalytique :
Il valide la soutenabilité du Plan de traitement de la dette souveraine abaisse la prime de risque souveraine et rouvre l'accès aux financements internationaux à des conditions soutenables.
Une analyse rigoureuse n'a pas à masquer la complexité des défis :
La croissance hors hydrocarbures reste vulnérable, oscillant entre 1,6 % et 3,3 %, et le refus initial de toute restructuration a pu durcir la posture de certains créanciers. Mais qualifier d'utopies deux années de redressement budgétaire, de maîtrise de l'inflation et d'audit souverain relève de l'aveuglement. Le retour au dialogue avec le FMI n'est pas une capitulation, c'est l'aboutissement d'une séquence où l'assainissement de la maison sénégalaise a permis de négocier un programme d'appui sans subir la mise sous tutelle habituelle. Le débat économique mérite mieux que des procès en naïveté.
Elimane NDAO,
Commissariat Scientifique ECOPLAN MONCAP